ARE ou ARCE : quelle option choisir quand tu crées ta micro
France Travail te propose deux façons d'utiliser tes droits au chômage pour créer ton activité. L'une te verse un capital immédiat, l'autre te maintient un revenu mensuel. Le choix est irréversible, et il se fait au pire moment : quand tu n'as encore aucune visibilité sur ton chiffre d'affaires.
Tu es indemnisé par France Travail et tu veux créer ta micro-entreprise. Deux dispositifs s'offrent à toi, et ils s'excluent mutuellement.
- l'ARE — aide au retour à l'emploi — que tu continues de percevoir chaque mois, avec un montant réduit en fonction de ton chiffre d'affaires ;
- l'ARCE — aide à la reprise ou à la création d'entreprise — qui te verse 60 % de tes droits restants en deux fois, sous forme de capital.
Une fois l'ARCE demandée, on ne revient pas à l'ARE. Le choix mérite donc un vrai calcul.
1. Comment fonctionne le maintien de l'ARE
Tu gardes ton allocation, mais elle est réduite chaque mois en fonction de ce que tu as déclaré. France Travail retient 70 % de ton chiffre d'affaires après abattement forfaitaire, puis convertit ce montant en jours d'indemnisation non versés.
Deux points essentiels, souvent mal compris :
- les jours non indemnisés ne sont pas perdus : ils repoussent d'autant la fin de tes droits. Tu es indemnisé moins chaque mois, mais plus longtemps ;
- le cumul est plafonné : allocation et revenus d'activité réunis ne peuvent dépasser ton ancien salaire journalier de référence.
En pratique, tant que ton chiffre d'affaires reste modeste, tu perçois une allocation quasi complète. Plus il monte, plus l'allocation fond — jusqu'à devenir nulle certains mois, sans que tes droits disparaissent pour autant.
2. Comment fonctionne l'ARCE
L'ARCE te verse 60 % du reliquat de tes droits, en deux fois : la moitié au moment de la création, l'autre moitié six mois plus tard, à condition que ton activité soit toujours en cours.
La contrepartie est double : tu renonces au versement mensuel de ton allocation, et tu abandonnes de fait les 40 % restants — sauf si tu cesses ton activité, auquel cas tu peux demander la reprise de tes droits pour le solde.
Une condition impérative : l'ARCE suppose d'avoir obtenu l'ACRE. Nous y revenons plus bas, parce que c'est là que la plupart des dossiers échouent.
3. Le calcul, sur un cas concret
Prenons Marc, développeur, avec 18 mois de droits restants à 1 400 € par mois, soit 25 200 € de droits.
S'il choisit l'ARCE : il reçoit 60 % de 25 200 €, soit 15 120 €, dont 7 560 € immédiatement et 7 560 € six mois plus tard. Il ne perçoit plus rien chaque mois, et son activité doit le faire vivre.
S'il choisit l'ARE : cela dépend entièrement de son chiffre d'affaires.
- Activité qui démarre lentement, 800 € de chiffre d'affaires par mois : après abattement de 34 % puis 70 %, la retenue est faible. Marc conserve l'essentiel de son allocation et étale ses 25 200 € sur bien plus de 18 mois. L'ARE gagne largement.
- Activité qui décolle vite, 3 500 € par mois dès le deuxième mois : son allocation devient marginale. Il n'aura consommé qu'une petite partie de ses droits, mais n'en aura pas vu la couleur. L'ARCE aurait été bien plus avantageuse.
La règle de décision — l'ARCE gagne si tu es raisonnablement sûr d'atteindre vite un chiffre d'affaires qui annulerait ton allocation, ou si tu as un besoin d'investissement immédiat (matériel, stock, local). L'ARE gagne si ton activité va monter progressivement, ou si tu as besoin d'un revenu stable pendant la phase de démarrage — c'est aussi l'option la plus prudente, puisqu'elle ne renonce à rien.
4. L'ordre des démarches : l'erreur qui coûte le plus cher
C'est le point sur lequel les dossiers se perdent le plus souvent :
- Tu crées ta micro-entreprise sur le guichet unique de l'INPI.
- Tu demandes l'ACRE auprès de l'URSSAF, dans les 60 jours suivant le début d'activité.
- Tu attends la confirmation de l'ACRE.
- Alors seulement, tu déposes ta demande d'ARCE auprès de France Travail, en joignant cette confirmation.
Inverser les étapes 2 et 4, ou laisser filer les 60 jours de l'ACRE, revient à perdre l'ARCE — soit, dans le cas de Marc, 15 120 €.
Autre réflexe indispensable : informer France Travail de ta création. Ta déclaration mensuelle de situation doit mentionner ton activité et ton chiffre d'affaires. Une omission, même de bonne foi, constitue un trop-perçu que France Travail réclamera — parfois plus d'un an après.
5. Ce que le choix ne change pas
Quelle que soit l'option retenue, deux choses restent vraies.
D'abord, tes droits ne se volatilisent pas si l'activité s'arrête. Après une ARCE, si tu cesses ton activité, tu peux demander la reprise de tes droits pour le reliquat non consommé, dans le délai de déchéance de tes droits.
Ensuite, ton statut de micro-entrepreneur ne t'ouvre aucun nouveau droit au chômage. Les cotisations que tu paies ne financent pas d'assurance chômage. Les droits dont il est question ici sont ceux que tu as acquis en tant que salarié : une fois épuisés, ils ne se reconstituent pas par ton activité indépendante.
Le chapitre France Travail du guide
Le guide consacre une section complète à l'articulation entre allocations et micro-entreprise : calcul du maintien mois par mois, ordre des démarches, et cas particuliers du cumul.
Découvrir le guideQuestions fréquentes
Peut-on cumuler l'ARE et un chiffre d'affaires de micro-entreprise ?
Oui. France Travail retient 70 % de ton chiffre d'affaires après abattement forfaitaire et convertit ce montant en jours non indemnisés. Ces jours ne sont pas perdus : ils repoussent la fin de tes droits d'autant.
Combien verse l'ARCE exactement ?
60 % du reliquat de tes droits, en deux versements : la moitié à la création, l'autre moitié six mois plus tard si l'activité est toujours en cours. Les 40 % restants ne sont pas versés, sauf reprise de droits en cas de cessation d'activité.
Faut-il obligatoirement l'ACRE pour obtenir l'ARCE ?
Oui. L'ACRE est une condition d'accès à l'ARCE. Tu dois l'avoir demandée à l'URSSAF dans les 60 jours suivant ta création, et avoir reçu la confirmation, avant de déposer ta demande d'ARCE auprès de France Travail.
Le choix entre ARE et ARCE est-il réversible ?
Non. Une fois l'ARCE demandée et accordée, tu ne peux plus revenir au versement mensuel de l'ARE. C'est ce qui rend le calcul préalable important, d'autant qu'il se fait au moment où tu as le moins de visibilité sur ton activité.
Que se passe-t-il si mon activité s'arrête après une ARCE ?
Tu peux demander la reprise de tes droits pour le reliquat non consommé, dans la limite du délai de déchéance. Le capital versé au titre de l'ARCE reste acquis, mais il est décompté de tes droits restants.
Ma micro-entreprise me rouvre-t-elle des droits au chômage ?
Non. Les cotisations d'un micro-entrepreneur ne financent aucune assurance chômage. Les droits en jeu sont ceux acquis pendant ton activité salariée. Une fois épuisés, ils ne se reconstituent pas par ton activité indépendante.
Article publié le 20 août 2026. Les chiffres cités correspondent aux règles en vigueur à cette date : France Travail, règlement d'assurance chômage, articles L.5422-1 et suivants du Code du travail. Pour une analyse de ta situation précise, le RDV Expert 1h te met en relation avec un expert-comptable inscrit à l'Ordre.