Charges d'auto-entrepreneur 2026 : ce que tu paies vraiment, taux par taux
« En micro tu paies 22 % » : c'est faux, et l'écart peut atteindre plusieurs milliers d'euros par an. Il n'y a pas un taux mais quatre prélèvements distincts, qui ne tombent ni au même moment ni sur la même base. Voici le calcul complet, avec trois situations réelles.
La phrase revient sur tous les forums : « en micro, tu paies 22 % ». Elle est commode, et elle est fausse. Selon ton activité et ta caisse de retraite, le prélèvement social seul varie de 12,3 % à 25,6 % — du simple au double. Et ce n'est que le premier des quatre prélèvements.
Un micro-entrepreneur paie en réalité :
- ses cotisations sociales, prélevées sur le chiffre d'affaires encaissé ;
- sa contribution à la formation professionnelle (CFP), sur la même base ;
- sa cotisation foncière des entreprises (CFE), un forfait annuel décidé par la commune ;
- son impôt sur le revenu, selon un mécanisme qui n'a rien à voir avec les trois autres.
Les confondre, c'est se tromper sur son prix de vente. Prenons-les un par un.
1. Les cotisations sociales : trois taux, pas un
C'est le prélèvement principal. Il est calculé sur ton chiffre d'affaires encaissé, pas sur ton bénéfice — la nuance est capitale, on y revient plus bas. Le taux dépend de la nature de ton activité :
| Activité | Taux 2026 |
|---|---|
| Vente de marchandises, restauration, hébergement (BIC vente) | 12,3 % |
| Prestations de services commerciales et artisanales (BIC services) | 21,2 % |
| Professions libérales non réglementées (BNC, rattachées à la SSI) | 25,6 % |
| Professions libérales réglementées (BNC, rattachées à la CIPAV) | 23,2 % |
Deux pièges se logent dans ce tableau.
Le premier : croire que « je vends un service » signifie 21,2 %. Un graphiste, un consultant, un rédacteur, un développeur relèvent des bénéfices non commerciaux — donc de 25,6 %, pas de 21,2 %. Un plombier, un coiffeur, un menuisier relèvent des BIC services. L'écart entre les deux est de 4,4 points : sur 40 000 € de chiffre d'affaires, 1 760 € par an.
Le second : la CIPAV. Elle ne couvre plus qu'une liste fermée de professions réglementées — architectes, géomètres, ostéopathes, psychologues, ingénieurs-conseils, guides-conférenciers… Si tu n'y figures pas, tu dépends de la Sécurité sociale des indépendants, donc de 25,6 %. Beaucoup de créateurs cochent la mauvaise case à l'immatriculation et s'en aperçoivent deux ans plus tard, au moment d'une régularisation.
Ce que ces cotisations t'ouvrent comme droits — retraite de base et complémentaire, couverture maladie-maternité, indemnités journalières, invalidité-décès. Elles ne financent en revanche aucune assurance chômage : un micro-entrepreneur qui cesse son activité ne perçoit rien à ce titre, sauf dispositif spécifique comme l'allocation des travailleurs indépendants.
2. La CFP : minuscule, mais elle conditionne un droit
La contribution à la formation professionnelle s'ajoute aux cotisations, sur la même déclaration et la même base :
- 0,1 % pour la vente de marchandises ;
- 0,2 % pour les professions libérales ;
- 0,3 % pour les prestations de services artisanales et commerciales.
Sur 40 000 € en libéral, cela fait 80 € par an. Négligeable en montant — mais c'est elle qui t'ouvre le droit au financement de tes formations auprès de ton fonds d'assurance formation. Un micro-entrepreneur qui déclare 0 € ne paie pas de CFP : il perd aussi l'accès à ce financement pour l'année.
3. La CFE : le prélèvement que personne n'anticipe
La cotisation foncière des entreprises n'a aucun rapport avec ton chiffre d'affaires : c'est un impôt local forfaitaire, fixé par ta commune. Selon les territoires, elle va d'environ 230 € à plus de 2 500 € par an.
Trois choses à retenir :
- tu en es exonéré la première année civile d'activité — d'où la surprise à l'automne de la deuxième année ;
- elle est due même si ton chiffre d'affaires est faible, à une exception près : en dessous de 5 000 € de chiffre d'affaires annuel, tu restes exonéré ;
- elle tombe mi-décembre et se règle uniquement en ligne, sur ton espace professionnel impots.gouv.fr.
C'est de loin la charge la plus mal anticipée du régime. Elle arrive au moment de l'année où la trésorerie est la plus tendue, et aucun courrier ne te la rappelle : c'est à toi d'aller la chercher dans ton espace en ligne. Un oubli déclenche une majoration de 5 %, puis des intérêts de retard.
4. L'impôt sur le revenu : deux régimes, et un calcul de bascule
C'est ici que la plupart des comparaisons trouvées en ligne dérapent, parce qu'elles mélangent deux mécanismes différents.
Par défaut, ton chiffre d'affaires rejoint le revenu de ton foyer fiscal après un abattement forfaitaire : 71 % en vente, 50 % en services BIC, 34 % en BNC. Sur 40 000 € en BNC, l'administration retient donc 26 400 € de revenu imposable, taxé au barème progressif selon ta situation familiale.
Sur option, tu peux choisir le versement libératoire : un pourcentage fixe prélevé en même temps que tes cotisations, qui solde ton impôt. 1 % en vente, 1,7 % en services BIC, 2,2 % en BNC.
Lequel choisir ? Cela ne dépend pas de ton chiffre d'affaires, mais du revenu global de ton foyer. Si ton conjoint gagne bien sa vie et que vous êtes imposables, le versement libératoire est presque toujours gagnant. Si ton foyer est peu ou pas imposable, il te fait payer un impôt que tu n'aurais pas eu à payer du tout — et l'option ne se dénonce qu'en fin d'année, pour l'année suivante.
5. Trois situations chiffrées, du chiffre d'affaires à ce qu'il reste
Les mêmes 40 000 € de chiffre d'affaires, trois activités différentes, hors impôt sur le revenu et hors ACRE :
| Libraire (vente) | Plombier (services BIC) | Consultante (BNC) | |
|---|---|---|---|
| Chiffre d'affaires | 40 000 € | 40 000 € | 40 000 € |
| Cotisations sociales | 4 920 € | 8 480 € | 10 240 € |
| CFP | 40 € | 120 € | 80 € |
| CFE (estimation) | 500 € | 500 € | 500 € |
| Reste avant impôt | 34 540 € | 30 900 € | 29 180 € |
| Prélèvement réel | 13,7 % | 22,8 % | 27,1 % |
La consultante paie 5 360 € de plus que le libraire pour le même chiffre d'affaires. Et aucune des trois n'a encore payé son impôt sur le revenu.
Un mot enfin sur ce que ce tableau ne dit pas : en micro, tu ne déduis aucun frais. Ni ton ordinateur, ni ton loyer professionnel, ni tes déplacements, ni tes achats de matière première. L'abattement forfaitaire est censé les couvrir globalement. Pour un consultant qui travaille de chez lui, c'est très favorable. Pour un artisan qui achète beaucoup de matériaux, cela devient vite pénalisant — et c'est en général le vrai signal qu'il faut comparer sérieusement avec une société.
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Ouvrir le calculateur gratuitQuestions fréquentes
Les charges d'auto-entrepreneur se calculent-elles sur le bénéfice ?
Non, et c'est la différence majeure avec une société. Les cotisations portent sur le chiffre d'affaires encaissé, indépendamment de tes dépenses. Si tu factures 40 000 € et que tu as 15 000 € de frais, tu cotises quand même sur 40 000 €. C'est ce qui rend le régime très favorable aux activités sans frais, et défavorable à celles qui achètent beaucoup.
Que se passe-t-il si je déclare 0 € de chiffre d'affaires ?
Tu ne paies ni cotisations ni CFP, mais tu dois quand même faire la déclaration : une déclaration manquante est sanctionnée par une pénalité forfaitaire. Attention également à la radiation automatique du régime après 24 mois consécutifs de chiffre d'affaires nul.
La CFE est-elle vraiment due dès la deuxième année ?
Oui. Tu es exonéré la première année civile d'activité, puis elle devient due, y compris si ton chiffre d'affaires est modeste. Seule exception : en dessous de 5 000 € de chiffre d'affaires annuel, tu restes exonéré. Elle tombe mi-décembre sur ton espace professionnel impots.gouv.fr, sans courrier de rappel.
Pourquoi mon taux est-il de 25,6 % alors qu'on m'avait annoncé 21,2 % ?
Parce que ton activité relève des BNC et non des BIC. Consultant, graphiste, rédacteur, développeur, coach : ce sont des bénéfices non commerciaux, à 25,6 %. Le 21,2 % vise les prestations commerciales et artisanales. C'est l'erreur de catégorie la plus fréquente au moment de l'immatriculation.
L'ACRE change-t-elle ces taux ?
Oui, la première année si tu y as droit. Depuis le 1er juillet 2026, l'exonération est de 25 % des cotisations : un BNC passe de 25,6 % à 19,2 %. Les micro-entreprises créées jusqu'au 30 juin 2026 conservent l'exonération de 50 % jusqu'au terme de leur période. La demande se dépose dans les 60 jours suivant la création.
Faut-il ajouter la TVA à tout cela ?
Pas tant que tu restes sous les seuils de la franchise en base : 85 000 € en vente et 37 500 € en prestations de services. En dessous, tu ne factures pas de TVA et tu n'en reverses pas. Au-dessus, elle s'ajoute — mais ce n'est pas une charge pour toi : c'est un montant que tu collectes pour l'État.
Article publié le 20 août 2026. Les chiffres cités correspondent aux règles en vigueur à cette date : barèmes URSSAF 2026, articles 50-0 et 102 ter du Code général des impôts. Pour une analyse de ta situation précise, le RDV Expert 1h te met en relation avec un expert-comptable inscrit à l'Ordre.